dimanche 26 mars 2006
L'ultime Tabou critique Evène de Anne-Catherine d'Espies
Par franca maï, dimanche 26 mars 2006 à 10:07 :: Presse l'ULTIME TABOU
Un thème tragique traité avec sensibilité et émotion. Pas de voyeurisme malgré des passages très forts dans la douleur. Il est impossible de décrire la souffrance d'une mère dont l'enfant a été assassiné ; Franca Maï essaie pourtant mais la narration d'une telle atrocité ne sera jamais assez proche du ressenti. La mère ne pense qu'à la vengeance, à la torture, à la mort du bourreau et on la comprend. . Ses espoirs seront déçus mais finalement c'est de cette façon qu'elle va s'en sortir. Se confier à un autre être en souffrance, l'écouter, l'aider. Deux personnages cheminent ensemble sur la voie de la guérison : un ancien pédophile et la mère de la fillette violée. C'est là que réside la force de ce livre : seuls eux deux pouvaient se sauver...
Photo Gérald Massé 2006
La vie de Madame Alvy a basculé le jour où l'on a découvert sa petite Betty morte. Celle de M.Bernard a été chamboulée lorsqu'il s'est retrouvé accusé de ce crime. Et si la science l'a lavé de tout soupçon, son passé de pédophile lui est remonté à la figure comme un boomerang. Entre ces deux personnes solitaires par la force des choses, le fossé semble ne pas pouvoir se combler et pourtant... En se racontant chacun leur tour leur histoire, leurs blessures et leurs doutes, ils vont petit à petit se rapprocher, s'écouter voire se comprendre... Hasard et calendrier, c'est en pleine actualité tragique que sort ce court roman de Franca Maï que l'on ne peut s'empêcher de lire en pensant à des affaires récentes. Percutant autant dans son traitement que dans son sujet, « l'Ultime Tabou » est un récit qui nous prend pour ne plus nous lâcher. Que l'on soit ou non parent, ce drame, et la difficile reconstruction qui le suit, touche au plus profond du coeur et reste longtemps dans notre esprit. Et si, seul un petit bémol, on souhaiterait parfois que la psychologie des personnages soit plus poussée, on ne peut être qu'admiratif devant le style de Franca Maï qui réussit, avec un sujet particulièrement ardu, à emmener sur des chemins et des réflexions d'où le dogmatisme est absent. Un livre coup de poing qui sait rester sensible. Admirable.
Quand on perd ses parents, on est orphelin. Quand on perd un enfant, il n’existe aucun mot. Peut-être pour nier une réalité qui est la pire hantise de ceux qui fondent une famille. Et sans doute aussi parce qu’il n’est pas de terme qui puisse décrire le désespoir de voir disparaître votre chair et votre sang. Sinon l’amputation. Et lorsque l’horreur s’ajoute à l’horreur, que sa fillette a été torturée, violée et enterrée vivante, sa mère devient toute douleur : « que font-ils là tous ces gens ? En quoi se sentent-ils concernés ? Ce n’est pas leur enfant (…) Qui pourrait réveiller ma fille ? Lui enlever la terre de la bouche. » La police trouve un coupable, son propre voisin, déjà emprisonné pour pédophilie. Mais le voisin est innocent et la mère va lui demander l’indicible : raconter ce qu’il y a dans la tête d’un de ces psychopathes qui défraient les chroniques faits divers et justice.
photo G.Massé